Rares sont les endroits qui incitent à s'assoir, dans la Pucara de Tilcara. Ancienne forteresse indienne conquise par les Espagnols avec l'aide des Incas (dans le genre "ces saletés d'indigènes nous ont foutu la pâtée, y'a pas de raison qu'ils s'en sortent mieux que nous"), il n'y a point de salut hors des chemins. Des cactus, des cactus, partout des cactus, des petits qui recouvrent les versants rocheux, des grands qui se dressent fièrement, partout, des cactus. Même le Jardin Botanique en contre-bas n'abrite casiment que des cactus.

Sous un soleil de plomb, nous déambulons parmi les ruines partiellement reconstituées (dont les toitures et les portes sont elles aussi faites en cactus, ils sont partout, partout), nous guidant tant que faire se peut grâce aux indications limpides qui émaillent notre parcours, sans croiser âme qui vive.

Après avoir crapahuté deux bonnes heures dans les hauteurs, sans compter le long chemin qui nous a amené jusqu'au site, nous tombons nez à nez avec une cohorte de touristes hautement motorisés. Alors qu'ils emplissent les ruines indiennes de leur rugissement artificiel, nous nous drapons dans notre dignité, légèrement trempée de sueur, pour partir majestueusement grâce à notre locomotion pédestre. Sur le chemin du retour, nous surprenons une conversation entre un chauffeur et le touriste qu'il véhicule. Ils parlent du suicide et de sa prévalence dans les différents pays du monde. Le chauffeur affirme qu'en Argentine, contrée empreinte de catholicisme, cette pratique est inexistante (pour les hérétiques et autres païens, sachez que le suicide est un péché). Ce à quoi le touriste (je parie sur le Porteño et je gagne, vérification faite) rétorque : "Les pays où il n'y a pas de suicide sont ceux où il n'existe pas de statistique sur le sujet."
Grâce à cette tranche de sagesse déposée à vos pieds électroniques, vous pourrez briller en société. Ne me remerciez pas, c'est tout naturel.