Les circonvolutions du tatou braisé

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jeudi, juin 12 2008

Le monde entier est un cactus

Rares sont les endroits qui incitent à s'assoir, dans la Pucara de Tilcara. Ancienne forteresse indienne conquise par les Espagnols avec l'aide des Incas (dans le genre "ces saletés d'indigènes nous ont foutu la pâtée, y'a pas de raison qu'ils s'en sortent mieux que nous"), il n'y a point de salut hors des chemins. Des cactus, des cactus, partout des cactus, des petits qui recouvrent les versants rocheux, des grands qui se dressent fièrement, partout, des cactus. Même le Jardin Botanique en contre-bas n'abrite casiment que des cactus.

Sous un soleil de plomb, nous déambulons parmi les ruines partiellement reconstituées (dont les toitures et les portes sont elles aussi faites en cactus, ils sont partout, partout), nous guidant tant que faire se peut grâce aux indications limpides qui émaillent notre parcours, sans croiser âme qui vive.

Après avoir crapahuté deux bonnes heures dans les hauteurs, sans compter le long chemin qui nous a amené jusqu'au site, nous tombons nez à nez avec une cohorte de touristes hautement motorisés. Alors qu'ils emplissent les ruines indiennes de leur rugissement artificiel, nous nous drapons dans notre dignité, légèrement trempée de sueur, pour partir majestueusement grâce à notre locomotion pédestre. Sur le chemin du retour, nous surprenons une conversation entre un chauffeur et le touriste qu'il véhicule. Ils parlent du suicide et de sa prévalence dans les différents pays du monde. Le chauffeur affirme qu'en Argentine, contrée empreinte de catholicisme, cette pratique est inexistante (pour les hérétiques et autres païens, sachez que le suicide est un péché). Ce à quoi le touriste (je parie sur le Porteño et je gagne, vérification faite) rétorque : "Les pays où il n'y a pas de suicide sont ceux où il n'existe pas de statistique sur le sujet."

Grâce à cette tranche de sagesse déposée à vos pieds électroniques, vous pourrez briller en société. Ne me remerciez pas, c'est tout naturel.

mercredi, juin 11 2008

Pierre qui sonne n'amasse pas mousse

Sonnés par cette découverte archéologique sans précédent, nous titubons malgré tout en direction du nord jusqu'à Tilcara. Nous ne sommes pas au bout de nos découvertes. Aux antipodes, les haricots poussent sur les arbres !

2008ArgUr_T_Haricot.jpg

Quelque peu angoissés par cette découverte étrange, nous continuons notre périple. Lorsque soudain une pierre se dresse devant nous (on ne dirait pas comme ça, mais les pierres ça bouge soudainement, parfois). Un autochtone qui passe rapidement nous lance un sybillin "Péguenla!" Nous restons quelque peu ahuris. Lipton, prenant son courage à deux mains, empoigne un petit caillou et suit le conseil donné par l'indigène déjà disparu.


Pierre-cloche - Tilcara

Remarque : pour les gens qui naviguent sans le son ou en regardant un film tout en écoutant de la musique, allumez donc vos enceintes/mettez donc en pause tout le bazar.

mardi, juin 10 2008

Les racines profondes de la France

Poursuivant vers le nord, nous nous dirigeons alors vers Jujuy où nous attendait une découverte archéologique renversante. Alors que le conservateur du musée dégoisait sur les diverses cultures de la région, son flux verbal insensible au balancement inquiétant du dit conservateur (je priai discrètement pour que l'effondrement inévitable ne brise pas quelques pièces irremplaçables de la collection), je tombai en arrêt devant une momie d'un autochtone de la région (sans présager de l'ethnie particulière, nous dirons un Indien). Pourquoi donc je tombe (ouarf) en arrêt devant le mausolée reconstitué pour le pauvre macchabée arraché à son juste sommeil ? C'est que devant mes yeux s'étalent des preuves indiscutables ! L'ancêtre du Français n'est pas Gaulois, et non. Il est Indien d'Amérique. Jugez par vous même.

lundi, juin 9 2008

Certifié conforme

Voici qu'arrivés à Salta, dans le nord-ouest argentin, nous avons l'incommensurable chance d'admirer, je vous prie de le croire, Mesdames, Messieurs et Autres, par nos yeux ébahis voire même esbaudis, la véritable et authentique, puisque certifié par un papier d'un indubitable sérieux, digne d'un huisser de bonne famille, la véritable et authentique, disais-je donc, couronne du Christ. Pas moins. Ils peuvent aller se rhabiller à Lourdes.

Au fond à droite (comme il se doit).

Les voies de la foi sont impénétrables.

dimanche, juin 8 2008

Plus puissantes que les vagues de l'océan

Psaume 93:4

Après nos errances "porteñas", nous voici partis pour d'Iguazú. Si nous parvenons ainsi à éviter habillement le passage de la flamme olympique dans Buenos Aires, nous ne faisons que tomber de Charybde en Sylla. Puerto Iguazú est en plein effervescence. La contestation gronde et des hordes de manifestants déferlent sur la route touristique des chutes (et accessoirement une voie majeure de circulation). Tout ça parce que l'intendant du coin préfère moderniser le parc qu'investir dans les écoles. Comme s'il y avait besoin d'éduquer les enfants alors que le péquin analphabète moyen est tout à fait capable d'encaisser le prix du billet ou de conduire un bateau pour permettre d'admirer les chutes de près. Mais non, les gens sont égoïstes et ne pensent pas à tous ces pauvres touristes venus dépenser généreusement leurs sous. Ainsi donc, nous voilà obligé de descendre du bus pour passer à pied le barrage installé par les hippies latins.

Des pneus brûlent

Avisant des autochtones peinturlurés au couleur du parc, nous décidons de leur emboîter le pas. Même si la marche à pied, ça forme la jeunesse, 20 Km à pied ne nous paraissent pas tout être une distance raisonnable. Renseignements pris, un bus devrait nous rejoindre deux kilomètres plus loin. Nous remontons alors une file de véhicules en tout genre, dont les passagers prennent leur mal en patience. Trois militaires sirotent tranquillement leur maté appuyé contre leur camion. Nous finissons par rejoindre le lieu de rendez-vous, où une charmante pancarte nous accueille.

Pancarte d'un site militaire

Après cette matinée aventureuse, nous parvenons enfin au parc où un petit train permet l'accès des différents sites. Malgré des commandos de papillons suicidaires, la Garganta del Diablo gronde (comme la contestation) sous nos pieds apeurés (pour le reste, le courage sobre et digne est de mise).

Il est temps alors de rentrer à Iguazú. Les manifestants bloquent toujours la route (à force, l'impression est tenace qu'il n'y en a qu'une dans le coin). Dans le bus, nous croisons un Autrichien francophone qui, naturellement impressionné par notre flegme, analyse la situation : "Ah, mais c'est que vous avez l'habitude des manifestations et des blocages, en France." Une fois descendu du bus, nous poursuivons à pied jusqu'à la banderole qui coupe la route. Nous n'évitons le passage par la forêt que grâce à la présence de mon neveu (de l'âge de ceux concernés par le problème à la base de tout ce remue-ménage) parmi nous. On passe donc en leur souhaitant bonne chance. Quelques kilomètres plus loin, on parvient à trouver un bus grâce auquel nous pouvons nous effondrer sur nos lits plutôt qu'au fond du bas-côté d'une obscure route.

Manifestations du soir

Pour la petite histoire (petite au regard de notre aventure personnelle), le Ministre de l'éducation a fini par faire un tour dans le coin pour promettre de faire le nécessaire. Libérant la route et nous permettant de poursuivre notre voyage.

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